[Podcast] De Pau à Hô-Chi-Minh-Ville à vélo en solo : le témoignage d’Adrien

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Paysage d’Anatolie (source : Adrien)

Bonjour à tous, bienvenue sur le blog pour un nouveau témoignage de voyageur à vélo !

Pour Adrien, le vélo a toujours été un moyen de s’évader et voyager. Par la pratique du BMX, d’abord, en se rendant sur différents spots à travers l’Europe, puis par l’idée d’un voyage à vélo en itinérance, qui lui est soufflée par un collègue coursier !

En 2013, il quitte la France en solitaire pour rejoindre, un an plus tard, le Viet-Nam ! Il partage aujourd’hui avec nous son expérience et ses ressentis.

Ce dont on parle dans ce témoignage :

Présentation d’Adrien, de ses voyages, de ses vélos

Adrien : Des voyages, je n’en ai pas fait énormément finalement, j’en ai fait un grand. Je suis allé jusqu’au Vietnam en vélo, en partant de France. Sinon je suis allé jusqu’à Nantes à vélo, mais ça reste des petits trajets. J’en ai fait vraiment un grand à vélo en 2013. Le vélo, j’en ai toujours fait depuis gamin, je trouve que c’est marrant, ça m’a toujours plu. C’est aussi un moyen de s’évader, tu te retrouves seul, tu vas vite, c’est pratique. J’ai aussi fait du BMX beaucoup pendant plusieurs années. À partir de 13-14 ans, je me suis mis là-dedans et ça a été une passion pendant plus de dix ans. Et avec le BMX, j’ai pas mal bougé. Sur des courtes distances à chaque fois, mais ça a été un bon vecteur pour voyager. J’ai bougé en Allemagne, en Espagne, en Angleterre, dans les pays alentours. Tout ça pour explorer un peu, pour rencontrer d’autres gens.

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Adrien (au centre) et un ami randonneur en Iran – traversée de l’Elbourz à pied (source : Adrien)

M : Ah oui, tu voyageais comme ça en BMX ? Tu allais à un endroit et tu faisais du BMX ?

A : Oui en fait, le principe du BMX c’est d’arriver à un endroit et de pratiquer sur des spots, là où tu peux en faire parce qu’il y a un environnement qui s’y prête, du mobilier urbain ou des installations comme les skateparks. C’est un sport, un peu comme le skateboard, où t’es amené à voyager. Donc c’est vraiment un truc qui m’a tenu pendant plusieurs années. Puis j’ai eu des blessures, au genou, j’ai eu les ligaments croisés, donc j’ai un peu arrêté.

J’ai fini mes études puis il a fallu que je travaille. Et en fait, vu qu’à Paris, le vélo c’est un petit milieu, j’ai eu un plan pour être coursier à vélo. Donc j’ai commencé à fréquenter ce milieu-là, à bosser avec eux et j’ai entendu pas mal d’histoires de voyages sur le long terme, notamment un mec qui était parti jusqu’à Istanbul en fixe, en pignon fixe. J’avais trouvé ça dingue. Il avait un blog lui, je pourrais vous le filer [le lien vers son site]. Et j’avais trouvé ça dingue, le mec était parti avec sa tente et tout. J’avais déjà entendu parler d’histoires de voyage mais là il pouvait me raconter ça en direct.

Ça m’a donné des idées, je me suis dit « Pourquoi je ne le ferais pas ? » et moi je partirais bien aussi à Istanbul, puis j’avais envie d’aller en Asie, donc je me suis dit « Je vais à Istanbul en vélo, puis je prendrai un avion pour aller en Asie. » Puis au fur et à mesure que je parle à des amis, ils me demandent pourquoi je ne ferais pas tout à vélo. Je me suis dit « C’est vrai, pas con, ça peut se faire. » Après, pendant un an et demi j’ai économisé, j’ai monté le vélo, j’ai fait tous les préparatifs et je suis parti en 2013 pour faire ce grand voyage-là.

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Son itinéraire de Pau à Hô-Chi-Minh-Ville (source : Adrien)

L : Sur combien de temps ?

A : J’ai mis un an.

M : Et tu es passé par où ?

Un an, de Pau à Hô-Chi-Minh-Ville

A : Je suis parti de Pau, dans le Sud-Ouest, car j’avais de la famille là-bas, puis je suis allé à Lisbonne d’abord, j’ai traversé l’Espagne. Puis je suis parti vers l’Est jusqu’au bout. Donc j’ai traversé le Portugal, l’Espagne, le Sud-Est de la France, l’Italie, j’ai ensuite fait Slovénie, Croatie, Bosnie, Monténégro, Albanie, Grèce, puis j’ai pris un bateau pour rejoindre la Turquie, je suis remonté à Istanbul, ensuite j’ai traversé la Turquie, l’Iran, le Turkménistan. J’ai fait le Turkménistan en train, vu que je n’ai eu qu’un visa de transit. C’est un pays un peu fermé.

M : Oui, il paraît que les visas ne sont valides que 5 jours.

A : Exactement, c’est ça. Ou tu as un visa de transit de 2 jours ou de 5 jours. Donc il y en a qui le font à vélo s’ils ont un visa de transit de 5 jours. Sauf qu’il faut vraiment y aller. Et quand j’y étais, c’était fin août et ce n’est que du désert, et tout. Donc je me suis dit que ça ne valait pas forcément la peine. Donc je l’ai fait en train et ensuite j’ai fait l’Ouzbékistan, le Kirghizistan, je n’ai pas pu aller au Pakistan, donc j’ai dû prendre un avion pour aller à New Delhi, puis j’ai traversé l’Inde. Je n’ai pas pu non plus aller en Birmanie. Pour rentrer en Birmanie à l’époque, mais je crois que les choses sont en train de changer, aucune entrée ni sortie ne se faisait par voie terrestre, uniquement par avion.

M : Ah oui, ce n’est pas pratique pour le vélo ça !

A : Oui, ce n’est pas pratique et puis je me suis dit que s’il faut rentrer en avion, sortir en avion… Mais là la situation change, je crois qu’entre la Birmanie et la Thaïlande, on peut passer par voie terrestre. Donc je me suis dit que la Birmanie, je la visiterais éventuellement à vélo plus tard. Donc à Calcutta, j’ai pris directement un avion pour Bangkok, puis j’ai traversé Thaïlande, Cambodge et je suis allé jusqu’à Hô-Chi-Minh-Ville. Voilà !

Types d’hébergement pour son long voyage

L : Magnifique ! Ça donne envie ! C’était quoi ton style d’hébergement ? Tu allais beaucoup chez les gens ? Est-ce que tu préférais bivouaquer ? Est-ce que tu faisais un peu les deux ? Est-ce que tu allais à l’hôtel ?

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Un bivouac discret (source : Adrien)

A : Principalement, je dormais en tente. Ensuite, après une semaine en tente, tu as envie de te poser quand même, donc j’allais en auberge, en hôtel, ce que je trouvais comme hébergement. Je suis parti en hiver d’Europe, donc il y a des endroits comme l’Italie où quand j’arrivais dans certaines villes, je me posais à l’hôtel, je ne lésinais pas vraiment sur les moyens, je me posais. Puis après, une fois que tu es dans les Balkans, tu trouves généralement des petites auberges qui ne coûtent quasiment rien. Puis en Turquie, en Iran, c’est pareil. Donc après avoir passé une semaine entre deux grandes villes, mieux vaut se poser, prendre une douche, poser toutes ses affaires. Parce c’est ça aussi quand tu voyages avec tous tes bagages, ou si tu essuies par exemple deux nuits de pluie, ta tente au bout d’un moment il faut la faire sécher. Donc c’est bien d’avoir de la place, c’est pour ça que parfois je me posais à l’hôtel, je restais une nuit ou deux, je faisais sécher toutes mes affaires, j’en lavais quelques-unes. Et comme ça, quand tu repars, t’es refait, tout est propre, tu peux rouler tranquille. Donc principalement je dormais en tente, parfois en hôtel ou auberge, et parfois j’étais hébergé par des gens. Parfois, pas tout le temps et ça dépend des pays. En Ouzbékistan par exemple, j’ai été tout le temps hébergé. Là-bas, les gens sont hyper accueillants, à moins que je n’aie eu de la chance ! Ils te logent sans souci. J’ai aussi fait du couchsurfing dans les villes dans lesquelles je suis resté beaucoup pour attendre les visas : Istanbul, Téhéran. Pour aller en Ouzbékistan, c’est à Téhéran que j’ai fait toutes les démarches administratives. Donc je suis resté trois semaines en couchsurfing chez un mec. Donc les villes où j’avais besoin de rester un petit moment, j’essayais de trouver un couchsurfing. Ou parfois en auberge de jeunesse, mais ce n’est pas trop mon truc. En fait, ça aurait été mon truc si j’avais voyagé en backpacker, uniquement en sac à dos, tu t’en fous, tu poses ton sac et c’est bon. Mais quand tu as un vélo, les cinq sacoches qui vont avec, tout ton matériel de couchage, tu t’étales, tu fais vite chier dans un dortoir. En plus si tu as besoin de faire sécher des affaires, c’est l’enfer, tu prends de la place… C’est un peu le bordel.

M : Oui c’est toujours un peu bizarre, tu n’as pas trop de place, ce n’est pas pratique.

A : Après j’avais économisé suffisamment, je suis parti avec un peu plus de 15000 € et au total j’en ai dépensé 8000€. Mais je sais qu’il y en a qui voyagent économiquement pendant des années, j’ai rencontré un Allemand, un Japonais… Des mecs qui sont sur la route depuis trois ans et ils ne dépensent pas un rond. Ils font à chaque fois au maximum pour se loger pour rien. Après c’est des choix.

Objectifs et ressentis

L : Quel est ton ressenti sur ce voyage ? Est-ce que tu partais pour te tester un peu, pour voir le monde, pour te couper de quelque chose ? Qu’est-ce que tu avais envie de vivre et est-ce que tu l’as vécu ?

A : Bien vu, c’est exactement ce que tu dis, c’est se mettre à l’épreuve, sortir de son confort. Et puis je suis assez solitaire, j’ai toujours aimé me perdre, être tout seul avec moi-même. Et là, ça a été le pompon, je me suis retrouvé dans des endroits magnifiques, j’ai des souvenirs dans des plaines au Kirghizistan, c’est le début de l’Himalaya, il y a vraiment des chaînes de montagne impressionnantes et là je me suis retrouvé à dormir en tente, tout seul, c’était vraiment génial. Un sentiment de liberté. Parfois beaucoup de souffrance aussi, parce qu’il y a des fois où tu en chies. Mais bon, tu t’es mis à l’épreuve, donc tu en récoltes aussi des bénéfices. Il y a des moments de joie aussi, même tout seul, quand tu traverses des endroits où il n’y a personne, tu écoutes une musique qui te plait – j’en écoutais pas mal sur le trajet –, c’est jouissif, même si tu n’as personne avec qui le partager. C’est vraiment bien. L’objectif c’était ça, de me mettre à l’épreuve, de découvrir d’autres cultures, de voir comment c’est ailleurs, ça c’est sûr. Mais aussi de se connaître d’avantage. D’ailleurs, je pense que j’ai plus appris sur moi-même et mon pays que sur les autres et leur culture. Parce que l’on n’est toujours que de passage en fait. Pour connaître une culture à fond, il faudrait rester dix, vingt ans, voire jusqu’à la fin de ses jours, ce n’est pas en vivant un an, deux ans à l’étranger que l’on s’imprègne vraiment d’une culture. C’est mon avis en tout cas. Vu que l’on est toujours en transit, on perçoit quelques bribes de la culture dans laquelle on est, mais on apprend énormément sur la nôtre, sur le statut de la France à l’étranger, comment on est vu, notre comportement aussi, on s’analyse pas mal sur comment on est par rapport aux gens, comment les gens réagissent par rapport à nous. C’est assez intéressant.

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Splendeur et plénitude au Kirghiztan, non loin de Bishkek (source : Adrien)

Les difficultés, entre imagination et réalité

M : Justement, tu parlais des difficultés et de la volonté de te tester. Et je pense que ce sont des pays qui peuvent faire peur pour certaines personnes. Quelles ont été les difficultés que tu as rencontrées, par rapport à celles que tu avais anticipées ?

A : Au niveau des pays qui peuvent faire peur, c’est vrai qu’il y a quelques noms, Iran notamment, à chaque fois les gens butent sur ce pays-là. Mais en fait non, les gens là-bas sont super accueillants, super cultivés. Quand on est là-bas, on s’y sent super bien. En tout cas en tant qu’homme, car j’ai pu parler à une fille qui voyageait en stop et elle s’y est sentie assez mal. Elle est obligée d’avoir la tête couverte et elle a eu des moments désagréables avec le public masculin. Mais en tant qu’homme seul, c’est vraiment un pays que j’ai adoré, dans lequel je me suis senti bien. Après c’est vrai que l’on ressent toujours une pression quand on est dans les grandes villes, de la police des mœurs qui surveille ce que l’on fait. Là, c’est vrai que ça peut être un peu tendu. Mais une fois que c’est passé, je me dis que c’est génial et j’ai presque envie d’y retourner.

Les difficultés, ce n’est pas tant au niveau des pays, c’est au niveau de l’environnement, du climat, de la route, c’est propre au vélo. J’ai pas mal souffert en Slovénie, c’était en hiver, je me suis retrouvé dans les montagnes et il faisait vraiment froid, il y avait de la neige, c’était compliqué. Quand je franchissais des cols en Europe pendant l’hiver, c’est compliqué. Un pays où j’ai pas mal lutté aussi, c’était en Inde, l’Inde c’est chaud à vélo. L’Inde du nord, il faut s’y préparer un peu, parce qu’en fait les gens ne sont pas vraiment là pour t’aider. Si tu as une galère, c’est ta galère. Eux ils en ont d’autres à résoudre avant de t’aider. Les routes sont assez mal foutues, il y a une circulation super dense, trouver de la nourriture ce n’est pas facile, se loger ce n’est pas facile, trouver de l’eau non plus… Ça m’a fait réfléchir sur les réflexes que l’on a en France, je me suis aperçu qu’ici tout était disponible, on a faim, on va dans un supermarché, on a soif, on a de l’eau ou on en demande. Peu importe, l’eau est potable, il n’y a pas de souci. Alors qu’il y a d’autres pays où ce n’est pas une évidence. Donc rien que pour le petit déjeuner le matin, tu ne sais pas trop quoi manger, faut se débrouiller là.

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Conditions hivernales en Slovénie… en mars (source : Adrien)

L : Là ce sont des moments où tu sors vraiment de ton confort.

A : Oui, c’est clair. Tu prends sur toi, tu te dis que c’est toi qui as choisi d’être là. Et puis c’est une épreuve parmi d’autres. Tant que tu n’es pas en danger de mort, ça va. Tu ne vas pas mourir de faim non plus, ce n’est pas la fin du monde. Quand on commence à voyager comme ça, même en France sur des petits trajets, je ne sais pas si vous l’avez ressenti aussi, mais il y a comme un besoin primaire de sécurité, quand tu fais du bivouac. Même quand tu es seul, tu cherches tout le temps la sécurité, tu essaies de ne pas trop être vu, de te coucher quand le jour commence à décliner, c’est quelque chose dont je me suis aperçu, c’est que je faisais attention à moi-même, à toujours dormir dans des endroits avec de la sécurité, quelque chose auquel on ne pense jamais en France. Enfin si, même en France sur des courts trajets, quand on bivouaque on fait attention à où on se pose.

L : Oui quand même, à ne pas trop s’exposer pour ne pas être ennuyé.

A : C’est presque un comportement animal, c’est intéressant. En fait en voyage à vélo, tu reviens vraiment à des choses basiques : ta sécurité, ton alimentation, ton sommeil, ta santé. Une fois que tu as tout ça, tu es content quoi.

L : Oui, tu es en bas de la pyramide de Maslow.

A : Oui des besoins humains, exactement. Mais parfois, tu en deviens même sauvage. Tu n’as pas les griffes qui te poussent mais…

L : J’avoue que j’ai eu du mal à revenir en ville après notre voyage d’un mois, j’étais un peu sauvage dans notre appartement après.

A : Ça te change, mais sur le long terme, ça te change en bien, c’est sûr.

L : Ça permet de relativiser quand tu as des problèmes chez toi, tu sais que tu as survécu à des choses plus dures et qu’il y a des gens qui vivent des choses plus dures dans la vie. Ça rend un peu plus sage.

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Conditions de vie variée ! Ici en Inde (source : Adrien)

A : Par contre, je suis revenu en 2013, donc ça fait quatre ans et je me suis refait vraiment rapidement à la vie parisienne. C’est ça qui est dommage aussi, c’est qu’en fait j’ai récupéré des vieux réflexes d’avant : les réactions par rapport aux gens, l’énervement, les petits soucis du quotidien… Je pense qu’il faudrait partir une fois tous les cinq ans sur le long terme. Après, ce n’est pas forcément facile avec le boulot, mais c’est nécessaire, ça devrait être obligatoire.

M : D’ailleurs, c’est quoi ton prochain projet de voyage ?

A : Mon prochain projet de voyage, c’est de faire le tour de la mer baltique. De partir vers l’Est : Allemagne, Pologne, puis les pays baltes, passer par la Finlande, la Suède et revenir par le Danemark. Vous voyez un peu ?

M : Oui, on connaît un peu [NDLR : lien vers nos carnets de route en Europe].

Son rythme de croisière

L : Tu faisais beaucoup de kilomètres chaque jour ?

A : Je n’en faisais pas beaucoup, comparé à d’autres gens que j’ai croisés. Avant de partir, je m’étais fixé 60 kilomètres par jour en moyenne, pour me donner des points de repères par rapport aux villes que j’allais atteindre, la période à laquelle j’allais les atteindre.

Sur le thème du choix du rythme de voyage (kilomètres journaliers, alternance vélo-pauses, etc.), retrouvez notre article « Comment choisir votre rythme idéal de voyage ».

Et au final, je devais rouler dans les 80/90 bornes en moyenne par jour.

M et L : C’est pas mal quand même !

A : Oui, après sur une journée, ça va vite. Le max que j’ai fait en une journée, c’était 140. Et le minimum, 30. Tu sais, sur une journée, tu roules quatre heures le matin, quatre l’après-midi, tu fais 10 bornes à chaque fois… Ça fait 80 à la fin.

L : Nous on part tard le matin, on est plutôt sur une soixantaine quand on est tous les deux, Maxime roule un peu plus si je ne suis pas dans le lot. Peut-être parce que j’ai un vélo très poussif pour l’instant, mais après 60 kilomètres, ça commence à être un peu pesant pour moi. Il est vieux, un peu rouillé, il n’est pas terrible, il pèse une tonne. Toi, tu as construits le tien, c’est ça ?

Son vélo de voyage qu’il a assemblé et son matériel

A : Oui j’ai monté le mien, avec des pièces que j’ai choisies.

L : Et tu es parti d’une base d’occasion ou tu as tout acheté neuf ?

A : En fait, le cadre était d’occasion, j’ai acheté un Surly, ils sont connus dans le voyage à vélo.

M : Le Long Haul Trucker ?

A : Non pas celui-ci, j’ai pris le Pacer, c’est le modèle route. Tu as beaucoup moins d’œillets, il est plus compact.

M : Tu as monté quoi dessus ?

A : Des trucs simples, du Shimano Deore, avec des roues Mavic A319, c’est du 700x28C, donc c’est des pneus assez fins finalement, je n’ai jamais eu de problème, j’ai mis des Marathon Plus et en avant ! Une fois, j’ai eu une galère en Espagne, il avait beaucoup plus et j’ai voulu couper par un champ et comme il y a peu d’espace entre les garde-boues et les pneus, je n’arrivais plus à avancer parce qu’il y avait de la boue de partout. C’est quelque chose qui n’arrive pas avec des vrais vélos de rando, avec des gros pneus, beaucoup d’espace entre les éléments, ce qui fait que la boue s’évacue, il n’y a aucun problème. Mais à part ça, je n’ai eu aucune galère mécanique. En fait, j’aime bien les modèles un peu rapides, j’étais en pneus 700…

J’avais du matériel simple : cadre d’occasion, des petites pièces qui peuvent être changées facilement, pas de matériel complexe. Vous connaissez le moyeu Rohloff ?

L et M : Oui.

A : Tu as une galère avec ça en Inde, je ne sais pas comment tu fais. Après, je ne pense pas que ça soit le genre de trucs avec lequel tu as beaucoup de problème, mais si tu en as un… c’est la merde.

L : Sur nos vélos de ville achetés d’occasion au Danemark, nous avons des Shimano Nexus sept vitesses, sortes des Rohloff bas de gamme. Le vélo de Max est tombé en panne et nous avons été obligés de changer la roue arrière, tellement c’était cher à réparer.

A : Voilà et si ça t’arrive au milieu de nulle part ou en Afrique… Je pense que quand tu pars en voyage comme ça, il faut savoir tout réparer. Après, il y a des trucs où tu ne peux rien y faire, comme un bris de cadre, c’est foutu, il faut trouver un soudeur. Mais sinon pour le reste, il faut être en mesure de tout savoir réparer, sinon tu fais face à des problèmes.

M : Tu avais appris à réparer ou tu connaissais déjà tout ?

A : Je connaissais déjà pas mal. Après, il y a des trucs que je ne connais pas, par exemple le Rohloff, je ne sais pas du tout comment ça fonctionne, les freins à disque pareil, je ne connais pas trop… mais là je m’y mets un peu parce que je suis en train de monter un vélo avec. Mais sinon, freins à disque je n’y connais rien, donc je ne serais jamais parti avec. Mais sinon, comme ça fait super longtemps que je fais du vélo, je sais à peu près tout réparer. En tout cas, sur ce que j’ai monté sur le vélo de mon voyage, je savais tout réparer. C’était un peu l’objectif pour ne pas avoir de panne.

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Son vélo équipé (source : Adrien)

L : Et niveau bagages, tu as des sacoches, tu n’as pas de remorque ?

A : Non, pas de remorque, par contre, si je fais ce voyage autour de la mer Baltique, je prendrais une remorque.

L : Pourquoi ? Est-ce que tu as trouvé les sacoches pénibles ?

A : Les sacoches, ça a des avantages. Tu peux compartimenter, j’étais assez organisé, j’avais une petite feuille dans ma sacoche avant où je savais tout ce que j’avais rangé, dans quel ordre. Quand tu cherches quelque chose, tu sais directement où c’est, tu ne perds pas de temps. Et ça te permet aussi de répartir le poids, il vaut mieux mettre ce qui est petit et lourd à l’avant, tes fringues tu les mets à l’arrière… Ça, c’est bien avec les sacoches.

Mais par contre, quand tu laisses ton vélo, que tu rencontres des gens. Par exemple, ça m’est arrivé en Grèce, quand je suis arrivé à Athènes, ils organisaient une énorme rando vélo. Ils font ça tous les jeudis ou vendredi, tous les Grecs se baladent à vélo, comme la rando roller à Paris, sauf que c’est à vélo. J’avais débarqué là-dedans et après je serais bien allé dans un bar, pour continuer à bouger toute la nuit, mais je ne pouvais pas vraiment laisser mon vélo dehors. À cause des sacoches… ça ne sert à rien de prendre des risques inutiles, de faire confiance. Il vaut mieux éviter de faire confiance avec ce genre de truc et laisser ses affaires dehors. Alors qu’avec une remorque, ce que tu peux faire, c’est de voyager avec un sac de rando, tu le mets à l’arrière sur ta remorque, tu le couvres avec une bâche à vélo pour que ça soit imperméable. Et une fois que tu rencontres des gens sympas et que tu veux par exemple te poser dans un bar, tu accroches ton vélo dehors en sécurité, tu prends ton sac à dos et c’est bon ! Sur la route parfois je me disais : mince, j’ai quatre sacoches, la sacoche de guidon, tout le couchage sur le porte-bagage arrière, je ne pouvais rien laisser dehors. Et si je commençais à tout déménager, c’était galère. Et parfois pour monter des étages, ça m’est arrivé dans des auberges, c’est galère aussi, tu prends deux sacs, après deux autres, ton couchage… Alors qu’avec une remorque, tu laisses ton vélo en bas, tu prends juste ton sac à dos et c’est réglé. Après, c’est à tester ! Quand tu pilotes, ce n’est pas forcément très agréable la remorque.

L : Tu nous diras quand tu l’auras testé !

A : Oui, mais attention, je ne pars pas tout de suite !

M : Niveau tente, tu as quoi comme modèle ?

A : J’avais une Vaude. Une Vaude Taurus Ultralight 2 personnes. J’en suis très satisfait. Comme tout le matériel que j’ai acheté. Sauf un oreiller…

M : Ah oui ? Pourquoi ?

A : Parce que c’est de la merde en fait. C’est compressible donc à un moment tu te retrouves à dormir sur un t-shirt… En fait ça perd toute l’épaisseur. Le poids de ta tête aplatit le machin et tu n’as plus d’oreiller…

M : Il vaut mieux un truc gonflable.

A : Oui, un truc gonflable ou même un vrai oreiller. Tu prends un sac en tissu, tu mets quelques fringues dedans.

L : Oui, c’est ce qu’on fait nous.

M : Nous on fait ça avec le sac du sac de couchage, le sac du duvet. On met des vêtements et tout.

A : Ouais bien vu. Après le truc, est-ce que ça ne te fait pas transpirer de la face le sac ?

M : Ah si c’est possible.

L : Je sais pas, on a froid en général dans la tente. On n’a jamais eu chaud pour l’instant dans la tente. Entre la Scandinavie et les voyages en hiver…

A : Mais tu as carrément raison, c’est toujours mieux qu’un oreiller compressible.

L : [Rires] On retient qu’il ne faut pas acheter ça du coup !

A : Et le matelas aussi, j’avais un matelas en mousse, et des fois tu es obligé de dormir sur du dur et le matin tu ne sais plus trop comment te mettre. Le soir, t’es naze et tu t’endors nickel, tu te mets sur le dos et c’est bon, mais le matin quand tu as envie de faire un peu la grasse mat’ c’est un peu galère. Donc limite si je repars je ferai comme vous je prendrai un sac et je mettrai mes sapes dedans et pour le matelas je prendrai un matelas gonflable.

L : Oui, moi j’ai ça et c’est un petit peu plus confortable quand même.

M : Tu as un autogonflant toi [NDLR : depuis, nous avons investi dans des matelas gonflables Exped Synmat isolés thermiquement et nous en sommes ravis].

L : Oui, c’est assez fin, pas très épais. Ce n’est pas le modèle qu’il faut gonfler à l’air, il se gonfle tout seul on va dire, donc ça fait quelque chose d’assez fin, mais c’est quand même mieux que la petite mousse qu’on avait au début.

A : Ouais. Vous aviez quoi comme mousse ?

M : La mousse de base, le truc le moins cher.

L : Le truc pour faire ses abdos quoi.

A : Le modèle que j’ai c’est un Thermarest Z-lite, je l’ai devant les yeux là. Ca va sur le court terme, ou quand tu dors dans l’herbe c’est nickel, mais sur la terre ou sur le dur, oublie. Et la tente, je viens de regarder, et c’est bien la Taurus Ultralight pour deux personnes. C’est vraiment top ça ! En plein hiver, en plein cagnard, aucun problème. Juste un problème, quand je suis parti de Pau, ma première nuit en fait, non deuxième nuit, dans les Landes, j’ai planté sur un sol sablonneux et les sardines ne tenaient pas forcément. Et, malchance, un orage dans la nuit, avec des vents de dingue, et du coup la tente commençait à se décrocher. Les sardines sortaient. C’était pas pratique, j’ai dû sortir en slip… C’est pas… quand ça t’arrive les premières nuits tu te dis “Bon…”.

L : “Ca commence bien…”

A : [Rires] Au moins, après, t’es rodé. Tu sais qu’il faut planter un peu à l’abri, et tout ça. Pareil, aussi, une fois j’avais planté ma tente dans une légère cuvette, mais sans faire gaffe, il était tard…

L : Il a plu ?

M : Tu as été inondé ?

A : Et il a plu voilà. Je me disais “ça va aller, ça va aller”. Mais au bout d’un moment ça faisait “floc floc” sous la tente. Et tu te dis… au bout d’un moment il faut déménager. C’est un peu galère, mais bon.

M : C’est une autoportante ta tente ou pas ?

A : Non, non.

L : D’accord, ok !

Des cartes papier pour l’itinéraire

M : Tout à l’heure, tu nous disais que pour préparer l’itinéraire tu disais “je vais faire à peu près 60 kilomètres et je serai à peu près là”, et comment tu faisais pour suivre ton itinéraire au quotidien ? Tu avais des cartes, une appli ?

A : Non, je ne suis parti qu’avec mes cartes papier. Sur tout le long du trajet vraiment. Je suis parti en 2013 et j’ai acheté un smartphone. Je n’avais jamais eu de smartphone avant. J’ai acheté un smartphone avant de partir pour avoir des trucs comme Skype, accès aux mails… Et je ne savais même pas me servir du GPS, donc je ne me suis pas servi du GPS du tout. En plus, la plupart du temps je mettais mon téléphone hors-ligne, ou il était éteint. Donc j’ai vraiment tout fait à la carte. Ce que j’ai fait, c’est beaucoup d’impressions. J’ai imprimé pas mal de – bon ça ce n’est pas forcément un truc à dire – j’ai emprunté pas mal d’atlas et j’ai fait des photocopies à bloc. Je suis parti avec une chemise de photocopies de cartes !

L : Pour nous c’était pareil la première fois.

A : Et ça prend du poids !

L : Ca pèse une tonne…

A : J’ai fait ça jusqu’en Turquie, et après j’avais des cartes par région mais franchement une fois que tu sors de l’Europe tu n’as plus trop besoin de cartes. C’est des grandes villes, c’est tout de suite indiqué et il n’y a pas vingt-six mille routes.

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Facile de suivre l’itinéraire ici ! (source : Adrien)

L : Oui, c’est ce qu’on nous dit.

A : Donc des cartes, mais vraiment des cartes basiques. D’ailleurs le “Vieux Campeur” pour ça c’est tip-top car ils ont vraiment des cartes pour tous les pays.

L : D’accord !

A : La carte pour l’Iran je l’ai achetée là bas.

L : Bon conseil ! Adrien, merci beaucoup, pour conclure j’aimerais bien te demander si tu as un site ou une page ou quelque chose pour te suivre, ou pas ?

Peu de photos mais beaucoup d’écrits

A : Non, je n’ai rien fait de tout ça, je postais juste quelques photos sur Facebook. Et encore, j’en postais une tous les mois.

L : Ok !

A : Je n’ai pas pris énormément de photos, et, en plus, pour vous dire la vérité, je me suis fait cambrioler il y a une semaine et ils m’ont pris – heureusement j’avais filé une clé à mes parents avec toutes les photos dessus, et encore pas toutes car je leur ai filé les plus grosses et j’avais gardé les plus personnelles – mais en en fait ils m’ont volé mon PC, mon disque-dur, donc j’ai perdu vraiment plein de choses.

L et M : Ohhh

A : Mais j’ai encore des photos de mon voyage, donc je pourrai vous envoyer quelques trucs. Mais oui, je n’ai rien fait…

L : Tu étais dans l’instant.

A : Par contre j’écrivais tous les jours. Donc j’ai deux cahiers pleins, avec à chaque fois toutes mes impressions, le nombre de kilomètres que je faisais… Et ça je les ai encore, ça n’a pas intéressé les cambrioleurs on dirait.

L : Tant mieux parce que c’est ce qui a le plus de valeur.

A : En effet, c’est ce que je me disais à un moment sur le trajet, c’est ce que j’ai écrit qui est le plus précieux. Toutes les notes que j’ai prises. Des photos, tu peux en prendre des tas, des fois tu ne te souviendras même pas d’où tu les as prises. Par contre, dès que tu relis une ligne, tu peux te rappeler plus.

L : Ok, désolée que tu aies perdu des choses…

A : Tout va bien, ne t’inquiète pas.

L : [Rires] Le plus important c’est que tu aies tes souvenirs de ton voyage.

A : Ouais !

L : Tes écris, les photos du voyage…

A : C’est clair, c’est de loin le plus important.

L : Merci beaucoup, on te souhaite de bons rêves et de bons préparatifs pour ton prochain voyage quand tu t’y mettras !

A : Pareil pour vous !

L et M : Merci beaucoup !


Nous espérons que vous avez passé un bon moment en compagnie d’Adrien !

N’hésitez pas à commenter avec vos expériences personnelles, et à partager si le témoignage vous a plu 🙂

À bientôt sur En Echappée !


Maxime et Lucie En Echappée
On est tous les deux des passionnés de voyage, débutants dans le voyage à vélo et très curieux à ce sujet. Suivez sur ce blog nos voyages à vélo, et découvrez nos rencontres, inspirations et conseils pour préparer les vôtres ! Le blog évoluera au fil de nos découvertes cyclistes et de nos rencontres. Notre projet est de vous livrer nos expériences, mais aussi de donner de la voix aux autres voyageurs pour compléter nos avis. Alors, débutants ou confirmés, suivez-nous et partez avec nous en échappée !

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